
« Je suis féministe radicale, misandre et abolitionniste des hommes. »
Ketty a 30 ans et revendique avec fierté son âge et son identité. Elle se décrit comme une femme créative et sensible, passionnée par les mots, les langues, les arts et les couleurs. Elle refuse la modestie qu’elle considère comme une injonction bourgeoise, et affirme au contraire l’importance de prendre sa place, de se dire immense, comme toutes les femmes devraient le faire.
Avant même le procès Pélicot, Ketty se définissait déjà comme féministe radicale, misandre et abolitionniste des hommes. Elle raconte avoir appris l’affaire par son amie et thérapeute, Stéphanie. À l’annonce des faits, son premier réflexe a été physique : le dégoût, l’envie de vomir. Trop violent pour elle, au point de provoquer une dissociation, une « disjonction », comme elle dit, un mécanisme de protection pour tenir face à l’horreur.
Pourtant, elle choisit de participer. Elle fabrique de grandes pancartes, colle des affiches malgré son malaise face aux journalistes, et surtout, lit publiquement un texte très personnel sur une agression qu’elle a subie. Elle dit vouloir « cracher » son dégoût sans fard, sans enrober de poésie la douleur, mais au contraire nommer les choses comme elles sont, crues, brutales, indigestes. Pour elle, c’est une manière de reprendre le pouvoir.
Ketty garde un souvenir marquant de l’action du 25 novembre, quand les femmes se sont réunies en cercle devant le tribunal. Ce moment de sororité, où chacune pouvait parler ou lire un texte, a été pour elle une expérience puissante : se tourner vers les femmes plutôt que vers les journalistes, parler entre elles, se savoir reliées comme une « armée de femmes » soudées.
Sa vision de la sororité est singulière et poétique. Pour elle, c’est à la fois l’amour inné, la reconnaissance mutuelle, la capacité à se voir enfin telles que nous sommes, derrière les traumatismes et les masques imposés par le patriarcat. C’est aussi un mouvement physique : grandir, s’élargir, prendre de la place, jusque dans son corps. Elle raconte ainsi comment, depuis qu’elle s’est éloignée des hommes, son corps lui-même s’est transformé : plus grand, plus fort, plus libre.
Ketty reconnaît avoir ressenti la peur lors de ces actions, mais elle y a trouvé aussi du courage. Elle insiste sur l’importance de transformer la peur en mouvement, de la dépasser pour agir, même par de petits gestes quotidiens : dire « ta gueule » à un homme, faire un bruit incongru, rire fort. Autant de façons de réapprendre la liberté et de reconquérir l’espace.
Aujourd’hui, elle rêve de créer des camps entre femmes, des espaces à elles seules, loin des hommes, où la peur serait remplacée par le plaisir, la joie et la solidarité. Et son message final résonne comme une provocation assumée : « Écoutez les femmes, fermez vos gueules, dites pardon, rendez l’argent et allez crever loin de nous. »