
« On a vu la culture du viol dans toute sa splendeur, jusque dans la salle d’audience. »
Pascale, féministe depuis la fin des années 1970, a d’abord milité dans les « groupes femmes » issus de Mai 68, où se mêlaient politique et intime. Elle se souvient d’une époque où le féminisme était marginal et souvent perçu comme une insulte. Après plusieurs années de retrait, elle découvre les collages féministes à Avignon et décide de rejoindre les Amazones, séduite par leur énergie militante. Sa première action est celle du Ventoux, où les militantes inscrivent les noms des femmes tuées par féminicide.
Lors du procès Pélicot, Pascale s’investit pleinement : elle participe à la création du haka féministe, une action à la fois physique et symbolique pour soutenir Gisèle et dénoncer la violence masculine. Elle prend part aussi aux collages thématiques autour du tribunal, notamment celui portant la phrase de Gisèle : « Depuis que je suis arrivée dans cette salle d’audience, je me sens humiliée », qui deviendra emblématique. Pascale s’implique également dans les banderoles contre le huis clos, dénonçant la censure imposée par le tribunal et revendiquant la transparence.
Présente presque chaque jour au tribunal, elle observe la culture du viol à l’œuvre : mépris du public féminin, infantilisation, discriminations jusque dans la salle de retransmission où les « féministes » étaient limitées en nombre. Pascale s’indigne du traitement des femmes au procès, y compris des compagnes et mères des accusés, souvent sommées de détailler leur vie sexuelle devant des centaines de journalistes.
Marquée par la répétition glaçante des témoignages masculins niant les viols, elle dénonce une justice patriarcale où la honte n’a pas encore complètement changé de camp. Pourtant, elle retient de cette épreuve une immense sororité : une force collective, des liens indestructibles entre militantes, et la conviction que leur présence a fait bouger les lignes.
Aujourd’hui, Pascale garde le souvenir d’un moment éprouvant mais fondateur, une expérience qui a ravivé sa colère, confirmé sa détermination féministe, et renforcé sa foi dans la puissance des femmes unies.