
Des grottes du Lebombo aux forêts tropicales de Mésoamérique. Des ateliers de la Chine impériale aux temples du Nil. Des sanctuaires yoruba aux atolls du Pacifique. Neuf récits. Six continents. Cinquante millénaires d'histoire humaine.
Que nous enseigne cette traversée ?
Dans cet épisode, nous tissons les fils qui relient toutes les histoires que nous avons racontées. Et nous découvrons que l'humanité, quelles que soient ses latitudes, a posé les mêmes questions fondamentales.
Le rêve d'autonomie. Du babalawo yoruba qui calcule plutôt qu'il ne devine, aux cent trente-trois automates de Su Song, de Talos patrouillant les côtes de Crète au navigateur polynésien qui calcule sa position au milieu de l'océan — partout, les humains ont voulu déléguer à la matière ce qui semblait réservé à l'esprit.
La formalisation du raisonnement. Les 256 configurations binaires du système Ifá. Le calendrier maya du Compte Long. Le syllogisme d'Aristote. Les algorithmes des tablettes cunéiformes. Une même intuition traverse les continents : la pensée peut être décomposée en étapes, et ces étapes peuvent être exécutées mécaniquement.
L'encodage de l'information. Avant l'écriture alphabétique, avant le papier, avant le silicium, l'humanité avait déjà inventé une multiplicité de systèmes pour capturer l'information : le binaire africain, les quipus incas, les songlines aborigènes, le compas stellaire polynésien.
Mais nous découvrons aussi ce que l'histoire conventionnelle a oublié.
Elle oublie que le binaire existait en Afrique deux millénaires avant Leibniz. Que les Mayas avaient inventé le zéro un millénaire avant l'Europe. Que les Babyloniens pratiquaient le calcul intégral quatorze siècles avant l'Europe médiévale. Que les Polynésiens avaient développé des systèmes de navigation multi-capteurs des millénaires avant nos GPS. Que les songlines ont conservé des informations pendant cinquante mille ans — une durée que nos systèmes numériques n'ont pas encore prouvé qu'ils peuvent égaler.
Et nous ouvrons la porte vers le Moyen-Âge. Al-Jazari construira le premier robot humanoïde programmable. La Maison de la Sagesse de Bagdad préservera les textes grecs oubliés. Ramon Llull inventera la première machine logique occidentale. Le fil ne s'est jamais rompu.
Toutes les civilisations ont posé les mêmes questions : peut-on déléguer la pensée à la matière ? Où finit le mécanique, où commence le vivant ? Chacune a répondu avec les ressources de son environnement et de sa cosmologie.
Ce que nous appelons intelligence artificielle n'est que le dernier avatar d'une quête millénaire : inscrire la pensée dans la matière, pour qu'elle survive à ceux qui l'ont conçue.
Les anciens avaient posé la question. Nous cherchons encore la réponse.
Le voyage continue.