
Les bibliothèques de sable : Comment l'Afrique médiévale inscrivit la pensée dans la mémoire
Il existe des bibliothèques que le vent ne peut effacer.
En 1324, un homme traversa le Sahara avec une caravane si somptueuse qu'elle fit vaciller l'économie de l'Égypte. Mansa Moussa, empereur du Mali, transportait tant d'or que son passage provoqua une inflation qui dura des décennies. Mais la vraie richesse qu'il rapporta de son pèlerinage n'était pas métallique : c'étaient des savants, des architectes, des livres.
Dans cet épisode, nous découvrons l'Afrique médiévale — un continent de lumière que l'Occident a longtemps oublié.
Vous entrerez dans l'université de Sankoré, à Tombouctou, où vingt-cinq mille étudiants — le quart de la population de la ville — étudiaient les mathématiques, l'astronomie, la logique. Entre quatre cent mille et sept cent mille manuscrits y furent produits. La plus grande collection depuis la bibliothèque d'Alexandrie.
Vous rencontrerez les griots — ces historiens, musiciens et généalogistes héréditaires. Un proverbe mandingue affirme : « Quand un griot meurt, c'est comme si une bibliothèque avait brûlé. » Ce n'est pas une métaphore. Un griot mémorisait les généalogies de villages entiers sur des siècles. Ce système préfigure ce que les informaticiens appellent la mémoire distribuée. L'information n'était pas centralisée — elle était répartie à travers un tissu humain, résilient aux catastrophes.
Vous découvrirez Ibn Khaldoun, né à Tunis en 1332, que l'économiste Paul Krugman a appelé « le philosophe du quatorzième siècle qui a essentiellement inventé les sciences sociales ». Et Al-Hassar, qui inventa au XIIe siècle la notation des fractions que nous utilisons encore — avec la barre horizontale qui sépare numérateur et dénominateur.
Et puis le sable. La géomancie Bamana, que l'ethnomathématicien Ron Eglash a décrite comme « l'exemple le plus complexe d'algorithme fractal » qu'il ait rencontré. Ces systèmes africains furent transmis à l'Europe au XIIe siècle. Quand Leibniz formalisa le système binaire, il connaissait ces traditions.
L'Afrique médiévale avait inventé plusieurs façons de capturer le savoir : dans le parchemin et dans la voix, dans les nœuds et dans le sable. Ces bibliothèques multiples — certaines visibles, d'autres invisibles — constituent les fondations oubliées de l'intelligence artificielle.
Le sable s'efface, mais la pensée demeure — quand elle a trouvé la bonne architecture pour se transmettre.
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