
Les horloges de l'âme : Comment l'Europe des Temps Modernes formula le programme de l'intelligence artificielle
Une horloge peut mesurer le temps. Mais peut-elle penser ?
Dans cet épisode, nous découvrons comment l'Europe des Temps Modernes osa poser une question vertigineuse — et construisit le cadre conceptuel qui rendrait un jour l'intelligence artificielle pensable.
En 1637, René Descartes publia le Discours de la méthode. Il y déclara les animaux pures machines — des automates de chair incapables de pensée véritable. Et il proposa deux critères pour distinguer l'homme de l'automate : le langage et la raison universelle. Ces critères ressemblent étrangement au test de Turing et au rêve d'intelligence artificielle générale.
Vous rencontrerez Thomas Hobbes, qui affirma en 1651 que « la raison n'est rien d'autre que du calcul ». Gottfried Wilhelm Leibniz, qui rêva d'une characteristica universalis — une langue formelle capable d'exprimer toute pensée — et d'un calculus ratiocinator — une machine à raisonner qui résoudrait les disputes par le calcul. « Calculemus ! » — Calculons ! — tel était son programme.
Vous découvrirez Blaise Pascal, qui construisit à dix-neuf ans la Pascaline — la première machine à calculer commercialisable. Jacques de Vaucanson, dont le joueur de flûte mécanique modulait son souffle comme un musicien vivant. Pierre Jaquet-Droz, dont l'Écrivain pouvait être programmé pour écrire n'importe quel texte de quarante caractères — le premier ordinateur programmable de l'histoire, selon certains historiens.
Et le Turc mécanique de Wolfgang von Kempelen — cet automate joueur d'échecs qui battit Napoléon et Benjamin Franklin. C'était une supercherie : un humain caché manipulait la machine. Mais la question qu'il posait était sincère : peut-on distinguer l'intelligence réelle de l'intelligence simulée ?
L'Europe des Temps Modernes n'a pas seulement construit des machines. Elle a construit le cadre conceptuel de l'intelligence artificielle — avec ses présupposés, ses ambitions, et ses angles morts. Le dualisme de Descartes, le mécanisme de Hobbes, le rationalisme de Leibniz : ces idées structurent encore notre façon de penser l'IA.
Les horloges de l'âme sont devenues les ordinateurs de silicium. La question demeure.
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