
Les fenêtres qui se ferment : Comment le Moyen-Orient des Temps Modernes nous avertit des dangers des choix institutionnels
Une fenêtre peut s'ouvrir sur le monde. Elle peut aussi se fermer — parfois pour des siècles.
Dans cet épisode, nous découvrons ce qui se passe quand une civilisation qui avait été à l'avant-garde de la pensée scientifique décide de tourner le dos à ses propres inventions.
En 1577, l'astronome ottoman Taqi al-Din acheva à Istanbul un observatoire comparable à celui de Tycho Brahe au Danemark. Ce n'était pas un homme ordinaire. Il avait inventé une horloge d'observation à trois cadrans — heures, minutes, secondes — une précision révolutionnaire. Il fut le premier à utiliser la notation décimale plutôt que les fractions sexagésimales héritées des Babyloniens. Et il avait conçu une turbine à vapeur rudimentaire — deux siècles avant la révolution industrielle.
Puis une comète apparut. Taqi al-Din prédit qu'elle annonçait des conquêtes glorieuses. Une peste frappa l'empire à la place. Le chef religieux — le şeyhülislam — émit un décret : les pays possédant des observatoires étaient frappés de catastrophes.
En 1580, trois ans après son achèvement, l'observatoire d'Istanbul fut démoli.
Vous découvrirez l'histoire de l'imprimerie ottomane. En 1493, des réfugiés juifs d'Espagne établirent une presse hébraïque à Istanbul. Mais pour les musulmans, l'impression en caractères arabes resta interdite pendant deux cent cinquante ans — jusqu'à Ibrahim Muteferrika en 1729. Pendant que l'imprimerie transformait l'Europe, le monde ottoman restait à l'écart de cette révolution de l'information.
Et pourtant, l'innovation continuait ailleurs. Les astrolabes persans de l'époque safavide étaient jugés « meilleurs et plus précis » que leurs équivalents européens. Les globes célestes moghols, coulés à la cire perdue sans soudure, stupéfient encore les experts. Le talent n'avait pas disparu. Ce qui manquait, c'était un environnement qui le protège.
Le Moyen-Orient des Temps Modernes nous lègue un avertissement : la gouvernance compte plus que le talent individuel. Les choix institutionnels déterminent les trajectoires civilisationnelles. Les fenêtres fermées au mauvais moment peuvent avoir des conséquences séculaires.