
L’IA générative a créé une illusion dangereuse. Parce que les démos sont spectaculaires, beaucoup d’organisations ont cru qu’un achat d’outils suffisait à “faire de l’IA”. La réalité est moins glamour. La valeur n’apparaît pas quand on distribue des licences, elle apparaît quand on change le travail.
Le premier décalage est celui de l’usage. Les salariés utilisent déjà des chatbots pour écrire, résumer, traduire ou coder. C’est utile, mais ce n’est pas une stratégie. Une stratégie suppose des priorités, des processus cibles, des règles de données, des critères de qualité, un pilotage des risques et un modèle économique clair.
Le second décalage est celui de l’échelle. Un POC marche presque toujours, car on choisit un cas simple, un périmètre propre, et on accepte les approximations. À l’échelle, il faut gérer la sécurité, la confidentialité, les droits d’auteur, les erreurs, la traçabilité, l’intégration aux SI, le support, et la responsabilité métier. Beaucoup de projets meurent dans cette zone grise.
Le troisième décalage est celui du ROI. Les gains de productivité individuels ne se transforment pas automatiquement en gains financiers. Sans refonte des workflows, les minutes “gagnées” deviennent du temps fragmenté. Sans arbitrage, l’IA augmente même les coûts, car on empile outils, expérimentations et équipes de contrôle.
Concrètement, une organisation sérieuse met en place un socle de compétences. formation des équipes, référents, et règles d’usage. Elle clarifie ce qu’on a le droit d’envoyer, et ce qui doit rester interne. Elle négocie les contrats, les logs, les SLA, et prépare des plans de continuité si un service tombe souvent.
Le vrai sujet est donc l’industrialisation. Cela passe par un portefeuille de cas d’usage hiérarchisé, une architecture (modèles, RAG, données, monitoring), des règles de sécurité et de conformité, une gouvernance légère mais ferme, et une conduite du changement centrée sur les métiers. Il faut aussi accepter un principe simple. L’IA générative est probabiliste. On doit construire des garde-fous, des validations et des tests, comme pour n’importe quel système qui produit des erreurs.
Enfin, le décalage culturel. Beaucoup de dirigeants veulent “un copilote” sans payer le prix de la transformation. L’IA générative n’est pas une baguette magique. C’est un accélérateur. Elle amplifie une organisation bien structurée, et elle expose brutalement une organisation floue. La question n’est pas “quelle IA acheter”, mais “quel travail voulons-nous redesign, avec quel niveau de risque acceptable, et comment allons-nous mesurer la valeur réellement créée”.
Contenu généré avec l'aide de l'IA générative