Après le lancement de l’opération « rising lion » par Israël le 13 juin 2025, déclenchant les hostilités avec l’Iran, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a justifié cette attaque en invoquant l’argument de « légitime défense préventive ». Cette rhétorique a été reprise par de nombreux pays occidentaux pour justifier les actions israéliennes, les mêmes qui se disent défenseurs du droit international. Or, ce dernier interdit le recours à la force dans les relations internationales depuis 1945, excepté en cas de légitime défense – à la suite d’une attaque – ou de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. De même, que vaut la justification de ces frappes au nom d’une « guerre pour la démocratie » ? Même si une part importante de la population iranienne est hostile au régime actuel, peut-on considérer qu’ils soient favorables aux bombardements et à l’ingérence de forces étrangères venues « libérer » leur pays ? D’autant que l’argument de la « guerre pour la démocratie », déjà invoqué par le passé lors du conflit en Irak (2003) ou en Libye (2011), a mené à des échecs cuisants. Ce raisonnement s’apparente donc plutôt à une stratégie pour légitimer les actions de l’État hébreu et invisibiliser, en parallèle, la situation à Gaza.
Jusqu’où ira l’escalade entre Israël et l’Iran ? Si l’objectif affiché de cette « guerre préventive » menée par Benyamin Netanyahou est d’éradiquer le programme nucléaire iranien afin d’empêcher Téhéran d’accéder à l’arme atomique, la volonté de provoquer un changement de régime est également avancée par le gouvernement israélien. Il s'agirait d'un pari géopolitique à haut risque. Afghanistan, Irak, Libye… les précédentes interventions militaires de ce type se sont toutes soldées par des désastres.
L’assise politique de Benyamin Netanyahou se voit renforcée, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Alors que plusieurs pays européens commençaient à critiquer ouvertement les actions de l'armée israélienne à Gaza, ils ont manifesté un soutien sans réserve à Israël. Pourtant, malgré l’antipathie que peut inspirer le régime iranien et son programme nucléaire, ces frappent demeurent une guerre d’agression contraire au droit international.
À l’heure où devait se tenir un sommet pour travailler à une solution politique au conflit israélo-palestinien, le fossé entre pays occidentaux et Sud global ne cesse de se creuser, révélant une fois de plus la géométrie variable de l’attachement au droit international des puissances occidentales, en particulier européennes.
L’expédition du voilier Madleen de la coalition « Freedom flotilla » transportant douze militants – dont l’activiste Greta Thunberg et l’eurodéputée La France insoumise Rima Hassan – a pris fin alors qu’il tentait de rallier la bande de Gaza. Le navire a été arraisonné par l’armée israélienne tandis qu’il se trouvait encore dans les eaux internationales, preuve, une fois de plus, que Tsahal fait fi du droit international. Bien que l’aide humanitaire, certes maigre au regard des besoins urgents de la population palestinienne, n’a pu être acheminée, l’opération de communication a néanmoins permis d’attirer l’attention sur la situation à Gaza. Mais face à l’impuissance volontaire de la communauté internationale, les chances que cette expédition ait de réelles conséquences positives pour la population de l’enclave restent extrêmement faibles.
À l’approche de la conférence pour la Palestine prévue à New York le 18 juin prochain, les doutes grandissent quant à la reconnaissance de l'État palestinien par la France. En effet, les conditions qu’avaient émises le président Emmanuel Macron, dont la reconnaissance en retour d’Israël par les États arabes et en particulier l'Arabie saoudite, semblent de plus en plus inaccessibles, du fait du désastre humanitaire en cours dans la bande de Gaza.
Cette timidité de la France interroge. Elle souhaite reprendre une place centrale dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Mais ce réveil est tardif : 148 États reconnaissent déjà officiellement la Palestine. En outre, les critiques d’Emmanuel Macron, qualifiant la situation humanitaire à Gaza d’« inacceptable », et l’impression d’une volonté de la diplomatie française de ne pas froisser Israël entrent en contradiction pour finalement sembler accorder un droit de véto à l’État hébreu. Benyamin Netanyahou n’a donc aucun intérêt à faire des concessions pour faciliter la résolution du conflit.
Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a vivement attaqué le président Macron pour sa volonté, tardive mais bienvenue, de reconnaître l’État palestinien. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la France pourrait jouer un rôle diplomatique clé lors de la conférence internationale au sujet du conflit israélo-palestinien prévue du 17 au 20 juin.
La virulence des déclarations de plusieurs responsables politiques israéliens témoigne une fois de plus du sentiment de toute puissance du cabinet Netanyahou, soutenu par Washington, tandis que le massacre se poursuit à Gaza. Brandir sans cesse l’accusation d’antisémitisme ne saurait justifier de telles exactions. Il est temps que les dirigeants mondiaux se positionnent clairement et traduisent leurs paroles en actes ; l’humanité nous regarde.
Alors qu’Israël continue ses exactions dans la bande de Gaza, ses alliés occidentaux haussent le ton mais n’exercent aucune pression réelle pour que celui-ci limite ses agissements, confortant ainsi son sentiment d’impunité.
Ce sentiment n’est pas nouveau. Il se développe depuis la fin du processus d’Oslo et la reprise de la guerre israélo-palestinienne au début des années 2000. Déjà à l’époque, les personnes qui ont osé dénoncer la politique d’Ariel Sharon, les blocus et les bombardements sur Gaza ont subi des campagnes de haine, réduisant ces voix critiques au silence. Il est devenu presque interdit de critiquer Israël, renforçant, par là-même, ce sentiment d’impunité.
La publication du rapport sur les Frères musulmans et l’islam politique en France, la semaine dernière, a déclenché une multitude de réactions et de débats sur les dangers et la menace imminente que représenterait cette organisation pour la société française. Cette vague de panique a même abouti à un Conseil de défense présidée par Emmanuel Macron. Cet alarmisme a monopolisé le débat public de ces derniers jours.
Or, en plus d’être démesuré vis-à-vis des conclusions du rapport rendu public par le ministère de l'Intérieur, celui-ci contribue à invisibiliser d’autres sujets prégnants de l'actualité nationale et internationale. Une des recommandations du rapport insistait, par ailleurs, sur la nécessité de lutter contre le sentiment de rejet qui émane des familles de confession musulmane. Des passages totalement ignorés, preuve, une nouvelle fois, que l’information peut être instrumentalisée.
Les négociations organisées en Turquie entre l’Ukraine et la Russie ne se sont soldées que par un simple accord d’échange de prisonniers. La paix en 24 heures promise par Donald Trump semble donc bien lointaine. La question des termes d’un possible accord de paix reste pleine et entière.
La récupération des territoires perdus depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022 et l’annexion de la Crimée en 2014 semblent impossible au regard du rapport de force actuel, tout comme l’éventualité d’une adhésion de l'Ukraine à l’OTAN. L’arrivée de Donald Trump au pouvoir aura conduit Volodymyr Zelensky et les Européens à adopter une approche plus réaliste des marges de négociations avec la Russie. L’impératif est désormais de mettre fin à la guerre, quitte à figer la ligne de front actuelle. Mais les Européens doivent maintenir leur pression sur Washington pour qu’une paix réaliste, mais pas inacceptable, puisse être conclue entre l’Ukraine et la Russie.
Les bombardements, les massacres sont incessants et risquent encore de s’aggraver avec l’offensive menée par Benjamin Netanyahou pour prendre le contrôle de la totalité de la bande de Gaza. Depuis quelques temps, les dirigeants européens protestent condamnent, mais tout cela reste purement verbal : aucune sanction n'est prise contre Israël. Là où la Russie subit des sanctions d'ampleur inédite de la part des Occidentaux. Comment expliquer ce deux poids deux mesures ? Comment justifier la participation de l’Israël aux évènements internationaux, tels que l’Eurovision ou les Jeux Olympiques ? Une telle situation affecte durablement la crédibilité morale de l’Occident.
En refusant d’employer le terme de génocide, en considérant que ce sont aux historiens de trancher sur son utilisation et non à un responsable politique, Emmanuel Macron refuse de se positionner. Pourtant, la Convention sur le génocide porte sur la répression mais aussi la prévention de ce crime. Il faut intervenir, les paroles ne sont plus suffisantes et il est plus qu’urgent de mettre un terme aux massacres.
Pascal Boniface reçoit Sir Vincent Fean, conseiller spécial à MS Risk et ex-Consul général du Royaume-Uni à Jérusalem pour échanger sur le traitement de la situation à Gaza outre-Manche. Vincent Fean est très engagé sur la question palestinienne et milite pour la reconnaissance d’un État de Palestine par le Royaume-Uni. Il est notamment membre d’une association caritative britannique dédiée à l’aide aux Palestiniens (British charity Medical Aid for Palestinians) et parrain de l’organisation pour l’amitié anglo-palestinienne (Britain-Palestine Friendship and Twinning Network).
Sir Vincent Fean revient, dans cet entretien, sur la manière dont est abordée la question palestinienne dans le débat public britannique. Il analyse également comment la guerre menée par Israël à Gaza devient un levier structurant du clivage entre les Labours et les Torys. Enfin, il décrypte les réactions très diverses des différentes communautés juives présentes au Royaume-Uni et partage ses espoirs pour Gaza à l’approche de la conférence internationale présidée par la France et l’Arabie saoudite qui se tiendra en juin à New York.
Un sommet pour rien ? Les discussions en vue d’un cessez-le-feu à Istanbul entre les délégations russe et ukrainienne se sont tenues sans la présence ni de Vladimir Poutine, ni de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Toute négociation mérite d’être saluée, mais le véritable objectif de Poutine est de rencontrer le président américain : il veut ainsi afficher le poids de la Russie et marquer son mépris pour Volodymyr Zelensky.
De son côté, Donald Trump se rêve artisan de la paix, quitte à régler le conflit au-dessus de la tête de l’Ukraine et des Européens. Poutine pourra-t-il le faire attendre encore longtemps ? Trump a besoin d’un accord de paix en Ukraine et d’un succès diplomatique pour asseoir sa crédibilité sur la scène internationale.
Ce week-end, trois voix reconnues de la communauté juive française - la rabbin Delphine Horvilleur, la journaliste Anne Sinclair et l’essayiste Joann Sfar - ont publié un texte où elles reconnaissent avoir trop longtemps gardé le silence sur la situation à Gaza et soulignent la nécessité d’une cohabitation ainsi que d’un destin commun entre Israéliens et Palestiniens. Cette prise de conscience, bien que tardive, marque un pas dans la bonne direction en dénonçant les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par l'armée israélienne à Gaza.
Pourtant, celles et ceux qui, depuis des mois, condamnent la ligne de Benyamin Netanyahou et alertent sur un risque génocidaire, tout en affirmant le droit d’Israël à exister et en condamnant les attentats du 7 octobre, sont calomniés, sans cesse accusés d’antisémitisme ou d’antisionisme. Il ne saurait exister de droit de réserve lorsqu’il s’agit de nommer des crimes, chacun a la légitimité de faire entendre sa voix. Toutes les campagnes de haine doivent être dénoncées et combattues, sans aucune exception.
Après le meurtre d’un Aboubakar Cissé en pleine prière dans la mosquée de La Grand-Combe dans le Gard, la lutte contre l’islamophobie en France doit, plus que jamais, être remise au centre du débat public. Pourtant, les amalgames permanents relayés par de nombreux médias, qu’il s’agisse des chaînes d’information en continu, des journaux télévisés ou de la presse écrite, entretiennent la confusion entre islamisme, islam et musulmans. A force de unes stigmatisantes, l’image entretenue des musulmans est bien plus négative que celle des autres croyants. Cette dérive s’inscrit dans ce que l’on peut qualifier de « laïcité falsifiée » : une déformation du principe laïc qui réintroduit par la fenêtre le racisme que la République prétend avoir chassé par la porte. Instrumentalisée de la sorte, la laïcité sert à présenter les musulmans comme une menace présumée contre l’ordre républicain. Tant que ce négationnisme de l’islamophobie persistera, la fracture sociale et politique en France ne pourra que s’aggraver.
L’administration israélienne a annoncé, il y a quelques jours, le rappel de dizaines de milliers de réservistes afin de mettre la pression sur le Hamas. Benyamin Netanyahou est ainsi accusé, par certains membres de la société israélienne, de favoriser ses ambitions politiques à la tête de l’État hébreu plutôt que le retour des otages. En effet, les ministres d’extrême-droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir ont mis dans la balance leur départ du gouvernement en cas d'accord de cessez-le-feu - ce que Ben Gvir avait appliqué entre janvier et mars - ce qui signifierait la chute du gouvernement Netanyahou.
Les premières victimes de ces manœuvres restent les Palestiniens. L'aide humanitaire est bloquée depuis deux mois à l'entrée de l'enclave. L’absence de ravitaillement, de soins, d’hygiène dans la bande de Gaza fait courir le risque d’une population décimée par la faim et l’épuisement, ce qui faciliterait les ambitions de Netanyahou de vider Gaza de sa population. L’inaction totale de la communauté internationale risque de concrétiser le plan de « Riviera » proposé par Donald Trump, poursuivi par le dirigeant israélien, malgré le rejet exprimé par la plupart des États. Et ce n’est pas par ignorance ou impuissance mais bien par indifférence que ces actions sont encore aujourd’hui possibles, comme je le démontre dans mon ouvrage « Permis de tuer - Gaza : génocide, négationnisme et hasbara »
La photo de Donald Trump et Volodymyr Zelensky en pleine conversation dans la basilique Saint-Pierre, lors des funérailles du pape François, constitue une image particulièrement marquante ; il s'agissait de leur première rencontre depuis les échanges houleux dans le Bureau ovale. Aujourd’hui, Donald Trump veut redorer son image en promettant d'obtenir la paix en Ukraine dans les 100 premiers jours de son mandat. Il se voit en faiseur de paix, prêt à bâtir un partenariat stratégique avec la Russie en reléguant l’Europe au second plan et en satisfaisant largement les demandes du Kremlin.
Ce scénario risque donc de se faire aux détriment de l’Ukraine. Il faudra définir ce qui resterait acceptable pour cette dernière, mais aussi pour l’Europe. Concrètement, il semble irréaliste d’espérer récupérer la Crimée. Mais doit-on accepter une « mauvaise » paix plutôt que de poursuivre une guerre sans espoir de retournement militaire, avec le risque de voir la Russie grignoter progressivement le territoire ukrainien ?
Le spectre de voir Moscou se réarmer en cas de trêve ne peut être un motif pour poursuivre la guerre. L’Europe et l’Ukraine pourraient également mettre ce répit à profit pour se réorganiser, renforcer leurs capacités de défense et leur autonomie vis-à-vis des États-Unis. Fragilisée sur les plans économique et démographique, l’Ukraine a besoin de concentrer ses efforts sur sa reconstruction et proposer un modèle de développement alternatif à celui que Moscou voulait lui imposer.