Dans la Jabala Darshana Upanishad, comme dans les Yoga-Sūtra, sont d’abord présentés les observances à cultiver envers autrui - yama, et ensuite les attitudes intérieures à réaliser en soi - niyama.
Tapas ( तपस्), est le premier des 10 niyama, ici traduit avec ardeur. C’est un terme qui traditionnellement est compris comme « ascèse » ou « austérités ». Pour nous qui ne sommes pas des ascètes, cette valeur pointe vers l’intensité et la persévérance dans notre pratique.
L’intensité ne doit pas se traduire par un excès qui nous blesse - ahimsa commence par nous-même, mais par une pratique régulière qui « chauffe et dissout » ce qui nous empêche. Ces obstacles peuvent être nos raideurs physiques, mais aussi nos conditionnements psychologiques. Le feu de tapas permet de se transformer comme les aliments qui sont préparés par la cuisson.
Tapas se traduit également dans notre capacité de focalisation, comme une flamme qui ne vacille pas et qui peut se réguler.
Suis-je apte à maintenir l’attention, la présence constante, dans ma méditation? Suis-je capable de moduler l’intensité de ma concentration sans créer des crispations pour aller vers la contemplation?
Cette ardeur dans la pratique se reflète aussi dans l’intensité de notre motivation, ce feu sacré, qui soutient la constance dans la pratique. Une puissance intérieure qui est indispensable pour garder le cap.
Toutes ces valeurs essentielles sont étroitement reliées, tapas purifie et nous renvoie vers śauca, le feu donne une intensité qui nourrit dṛṣṭi - la détermination.
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Śauca शौच (prononcé shaucha) se traduit par pureté, propreté, honnêteté et purification. Comme les autres valeurs essentielles de la Jabala Darshana Upanishad, elle se décline depuis le niveau le plus matériel jusqu’au plus subtil.
Pour nous, la propreté corporelle extérieure sous forme d’hygiène est quelque chose d’acquis, mais ce qui frappe dans le monde moderne est la tendance de vouloir être purs à travers l’alimentation. La mode est à la désintox à travers la nourriture pour maîtriser le corps. Il semblerait plus facile de contrôler la qualité et la quantité de nourriture, cette dimension matérielle, plutôt que d’observer le fonctionnement subtil des émotions et des pensées, conditionnées par nos mémoires.
Śauca, une place nette, se réfère traditionnellement aussi à l’environnement dans lequel nous pratiquons. Qu’en reste-t-il de cette valeur dans certains studios surchargés où les tapis sont à 10 cm les uns des autres pour rentabiliser l’espace avec un maximum de clients et une monitrice de postures sous-payée ? Cela vaudrait la peine de s’interroger !
La respiration fait le lien entre le corps et le mental. Nous connaissons le terme śauca dans la respiration alternée de nāḍiśodhana qui signifie littéralement purification des canaux. Ce prāṇāyāma est mentionné dans la Hatha-Yoga-Pradīpikā (chapitre II.7-20) juste avant les ṣaṭ karman, les 6 actions ou kriyā qu’Andréji mentionne dans ce podcast.
Le mot pureté se réfère également au mental. Il s'agit de la clarté et de la sérénité de l’esprit. L’espace entre-deux - le silence du mental - où nous pouvons plonger entre deux pensées, entre deux images afin que notre nature profonde se révèle…
Ce moment de discernement est comme la luminosité qui traverse un cristal pour nous donner un flash de compréhension intuitive. Les mots insight (anglais) ou Einsicht (allemand) rendent mieux compte de cette expérience parfois fugace, mais puissante dans notre démarche vers l’éveil spirituel.
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast où André Riehl nous parle des valeurs essentielles dans la Jabala Darshana Upanishad.
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Mitāhāra (sanskrit : मिताहार) est composé de mita - mesuré, modéré et āhāra - nourriture. C’est un concept de la philosophie indienne et du yoga signifiant la consommation modérée et consciente d’aliments.
André nous présente dans cet épisode le principe préconisé par la Gheraṇḍa-Saṃhitā 5.22 « On emplira l’estomac pour moitié de nourriture, pour un quart de l’eau, laissant l’autre quart vide pour la circulation de l’air. » (traduction Jean Papin)
Beaucoup de textes anciens parlent de l’importance de l’alimentation pour permettre la démarche vers l’état d’union - yoga. Ainsi aussi la Bhagavad Gīta 15.14 « Moi, dieu du feu (agni), habitant le corps des êtres vivants, associé au souffle sortant (prāṇa) et au souffle entrant (apāna), je digère les quatre sortes de nourriture.» (traduction Jean Bouchart d’Orval)
Mitāhāra nous relie aux éléments de la nature: terre - eau - air - feu - espace afin de permettre à la Conscience de prendre sa place.
L’Āyurveda, science de la Vie et médecine ancestrale de l’Inde stipule que la combinaison des éléments définissent notre constitution d’être humain. Celle-ci s’exprime sous forme de combinaison des doṣa: Vata - Pitta et Kapha. Ces énergies sont également présentes dans les aliments et influenceront notre état physique, émotionnel et mental.
Donc, choisir les aliments appropriés, manger en conscience et avec une intention positive, manger selon les saisons, régulièrement et dans un environnement ou une ambiance agréable sont des ingrédients essentiels pour aller vers la tranquillité de l’esprit.
Les recherches scientifique modernes insistent aussi sur le lien intestin-cerveau. A travers le microbiote intestinal, le cerveau est soit protégé ou déséquilibré, ce qui peut affecter notre vulnérabilité psychique. Cet axe de connexion qui s’effectue via le nerf vague peut, entre autres, être influencé à travers la respiration et la relaxation, outils bien connus de la pratique du yoga.
Amenons donc plus de cohérence et de modération dans nos vies extérieures et intérieures pour aller vers cet état d’unité, de non-séparation.
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast où André Riehl nous parle des valeurs essentielles dans la Jabala Darshana Upanishad.
Le mot dṛṣṭi signifie littéralement la vision, l’attitude, le point de vue, mais aussi la sagesse et l’intelligence. Beaucoup d’entre nous connaissent ce mot de leur pratique posturale où le regard est dirigé sur certaines parties du corps.
Plus largement dṛṣṭi signifie l’intention concentrée, ce vers quoi nous nous orientons. Quelle est la vision que je poursuis et l’attitude que j’adopte ? André nous parle de l’apprentissage de la détermination pour garder le cap dans notre pratique et dans nos vies.
Il est d’une importance primordiale de définir clairement notre intention ou saṃkalpa. C’est une boussole qui doit pouvoir traverser une durée non limitée, un temps non mesurable, sans changer.
Cette motivation profonde est un ressenti plutôt qu’une idée, ce n’est pas lié à quelqu’un ou quelque chose, c’est non conditionné. Ce n’est pas non plus un objectif ou un but… La détermination nourrit notre saṃkalpa et cette résolution va se traduire dans nos paroles, notre pensée et nos actes.
Nous connaissons ce mot dṛṣṭi également des yoga-sūtra. La racine √dṛś - voir, donne le mot draṣṭṛ - ce qui voit, qui observe.
YS. I.3 tadā draṣṭuḥ svarūpe avastānam
Alors « l’être profond » s’établit dans sa réalité. (traduction B. Bouanchaud)
Donc, dès le premier chapitre des yoga-sūtra, la direction est donnée. Le yoga est cette union avec la Conscience. Cela ne peut survenir que dans un état du mental à la fois concentré et détendu. C’est ce qu’André appelle l’attention, en s’inspirant notamment des enseignements de Jiddu Krishnamurti.
Vous pouvez trouver d’autres ressources dans le livre « La flamme de l’attention » de Jiddu Krishnamurti, Edition Seuil, Collection Points - Sagesses, 1987
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast où André Riehl nous parle des valeurs essentielles dans la Jabala Darshana Upanishad
Karuṇā qui se traduit communément avec compassion peut être comprise en s’interrogeant sur les différentes intensités de l’affection.
L’amitié qui nous fait oublier que nous sommes seuls, l’amour, voire la passion qui nous habitent dans la relation avec autrui, la dévotion qui se tourne vers une divinité, etc.
En français, le mot com-passion - « avec - passion » - peut s’expliquer par l’étymologie latine qui pointe vers l’état de passion avec tout ou pour le Tout.
Karuṇā est une qualité qui évoque un état d’affection qui ne dépend plus de quelque chose d’extérieur. C’est un lien avec le Vivant, le Tout qui est présent sans condition. D’ailleurs le terme karuṇākara est le nom de Brahman ou de l’Absolu.
Karuṇā fait parti des 4 qualités incommensurables (apramāṇa) qui sont très importantes dans le bouddhisme tibétain. La compassion doit se compléter avec la bienveillance (kśamā), l’équanimité (upekśā) et la joie (ānanda). Avalokiteśvara est la représentation de karuṇā - le Seigneur qui nous observe. Il nous indique l’importance de la qualité d’attention lorsque nous prétendons pratiquer la compassion.
Rappelons que les Yoga Sūtra dans le verset 1.33 mentionnent également cette valeur en relation avec l’état du mental: « L’amitié, la compassion, la joie clarifient et apaisent le mental; ce comportement doit s’exercer indifféremment dans le bonheur et le malheur, vis-à-vis de ce qui nous fait du bien comme vis-à-vis de ce qui nous fait mal. » (traduction de Françoise Mazet).
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast où André Riehl nous parle des valeurs essentielles dans la Jabala Darshana Upanishad.
Le mot sanskrit ārjava peut se traduire avec rectitude. La droiture ne concerne pas l’extérieur, mais la règle qu'on se donne à soi-même. Je me tiens droite, alignée avec mon intériorité. Ārjava est comme une boussole qui nous guide pour rester dans l’intégrité et la sincérité.
Cette valeur nous invite à vivre dans l'authenticité en relation avec le Soi, la nature de l’Être. La cohérence entre la pensée, la parole et l’action est guidée par ārjava qui se concrétise dans notre intention.
La Jabala Darshana Upanishad parle d’équité à propos de ce que l’on donne à cette intériorité et à autrui. Que signifie ce respect absolu de ce qui est dû à chacun - y compris à la Conscience - dans nos vies quotidiennes ?
Qu’est-ce qui me permet de sentir cet alignement intérieur et extérieur ? Comment éviter les compromis qui m’éloignent du droit chemin ?
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast où André Riehl nous parle des valeurs essentielles dans la Jabala Darshana Upanishad.
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La bienveillance est parfois devenu un mot un peu galvaudé. Cela ne signifie pas de laisser passer et d’être gentil, mais veiller au bien d’autrui, donner à l’autre ce dont il a besoin dans la relation.
KSHAMA signifier aussi pardonner ou l’abstention de nuire. Comment est-il possible de vivre sans jamais devoir s’excuser?
Etre indulgent et tolérant vis-à-vis des autres, signifie être exigeant avec soi. C’est un grand effort de mettre en œuvre la bienveillance dans les actes, la parole et les pensées.
Nous sommes invités par KSHAMA à entraîner notre mental à devenir patient et en fin de compte de nous mettre au service de l’humanité.
En ces temps où la préoccupation pour l’environnement devient de plus en plus importante, il est intéressant de réaliser que Kshamapati est le nom donné au Seigneur de la Terre.
La terre est celle qui accueille tout, elle a une grande capacité à tolérer nos offenses, elle nous supporte et pourtant nous soutient…
A notre tour de veiller au bien de la planète et de tous les êtres vivants.
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast où André Riehl nous parle des valeurs essentielles dans la Jabala Darshana Upanishad
Le mot brahmacarya - ब्रह्मचर्य (« c » est prononcé tch) est constitué de deux composants :
Ce terme brahmacarya pointe vers une vie dédiée aux principes les plus profonds de réalisation du Soi; on peut donc le traduire par « marcher vers l’Absolu ».
Dans les yoga classiques, notamment chez Patañjali, ce terme signifie la continence sexuelle, inspirée par l’âge de la vie où l’étudiant de la religion, non-marié, fait vœux de chasteté.
Encore aujourd’hui, en Inde, on désigne l’enseignant de yoga comme yogācārya - celui qui est en marche vers l’état de yoga.
La démarche spirituelle nous invite à ne pas marchander avec l’Absolu, de ne pas « tourner en rond » et ne pas tenter de se l’approprier. Ne plus marcher dans le combines, signifie de se concentrer sur l’essentiel.
Le véritable maître spirituel ou gūru est celui qui a du poids - il sait de quoi il parle. Celui qui est autorisé parce qu’il est fidèle disciple du sacré. Il ne cherchera jamais à nous conditionner, mais pointera toujours vers la direction de l’état unifié.
Et nous, pratiquantes/pratiquants ou enseignantes/enseignants de yoga, allons-nous vers la non-dualité? Sommes-nous disciples du sacré, fidèles au Soi ?
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast avec André Riehl.
Bienvenue dans ce 3e épisode des principes éthiques des yama et niyama, tel que présentés dans la Jabala Darshana Upanishad.
Cette fois-ci, André Riehl va nous éclairer sur asteya qui signifie littéralement non-appropriation ou non-vol.
Ce principe nous invite à examiner le rôle et utilisation de l’ego.
Les courants philosophiques du yoga donnent parfois des indications diverses quant à sa conception.
Le Samkhya parle du ahamkāra (अहंकार) qui signifie littéralement, celui qui fait le « je » ou celui qui fait le « moi ».
Il est construit par le mental et les fonctions des sens et d’action.
Dans le tantrisme du Shivaïsme du Cachemire, l’ego n’est pas un ennemi, mais peut devenir un outil dans la démarche spirituelle.
Asteya n’est pas uniquement le fait de ne pas s’approprier ce qui appartient à autrui.
La proposition du nidrā est d’apprendre à lâcher-prise, à chaque fois que nous prenons conscience de ce mécanisme d’appropriation.
Nous sommes surtout invités à ne plus entretenir l’identité d’un propriétaire. L’ego est considéré comme un ensemble de crispations superflues qui font obstacle au Soi, à la Conscience.
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et je me réjouis de vous retrouver dans ce podcast.
Ce deuxième épisode de la Jabala Darhsana Upanishad décrypte les obstacles que nous rencontrons pour intégrer l’enseignement aux trois niveaux: dans le corps, la parole et l’action.
Les résistances qui sont comme des nœuds - granthi - et nous empêchent de retrouver en nous cette trace d’apaisement - ahimsa.
La pratique du yoga nous invite de créer une ouverture vers la Conscience. Les silences du corps et de l’esprit permettent d’enquêter sur notre Être profond - ātman. Ils sont la trace de cet état impersonnel universel nommé Brahman dans les textes.
Pour beaucoup d’entre nous, il est difficile d’établir une harmonie sans conflits entre les domaines du corps, de la parole et de l’action. Reconnaître que ces conflits existent et accepter cette réalité, c’est d’être dans le vrai.
La vérité - satya est le deuxième principe présenté dans cette upanishad. Il parle fondamentalement de véracité, intégrité et sincérité.
Dattatreya nous dit que « la ferme détermination d’aller vers cette vérité est la meilleure des sincérités ».
Se pose donc la question de la motivation pour notre démarche de yoga. Quelle est ma motivation profonde dans la vie tout court, la motivation qui ne dépend de rien ni de personne ?
Comme dans les Yoga Sūtra, le premier principe éthique présenté dans la Jabala Darshana Upanishad est celui de ahimsa qui signifie littéralement non-violence.
Nous sommes invités à ne pas heurter ni blesser autrui en acte, pensées ou parole. Ahimsa est une qualité de l’unité dont nous portons tous une trace en nous.
Je suis Eveline, exploratrice du yoga et de la philosophie et me réjouis de vous retrouver dans ce podcast.
Ici, nous ne parlerons pas de cobra et autres salutations du soleil, mais du Nidrā, le yoga du sommeil et des rêves conscients et de la philosophie du Shivaïsme du Cachemire.
Je vous présente l’enseignement traditionnel d’André Riehl qui chemine depuis plus de 50 ans sur les voies du yoga.
Initié très jeune, Yogi Bashkar Nath partage la vie de maîtres et des ascètes dans l’Himalaya où il étudie et pratique les textes fondateurs.
André y explore les états profonds de la méditation. L’être individuel s’unit à l’Être cosmique, l’Absolu; comme lors que nous sommes absorbés dans la contemplation du ciel étoilé infini.
De retour en Europe, formateur infatigable, il incarne une sagesse vivante, enracinée dans l’expérience et dédié à la transmission orale.
Imaginez Shiva qui arbore dans sa chevelure la lune du nectar d’immortalité.
Découvrez les secrets des textes et des pratiques traditionnels.
Crédit texte: Eveline Waas Bidaux
Crédit arrangement musique et son: Fred Chapeau
Crédit visuel: Canva, Wkimedia Commons